Le Président Zafy Albert, père de la démocratie, est décédé

  • vendredi, 13 octobre 2017 22:35
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Ce vendredi 13 octobre 2017, le professeur Albert Zafy, ancien président de la République de Madagascar, est décédé à l’hôpital de Saint-Pierre La Réunon, selon son fils. Il a eu ses 90 ans il y a 5 mois, originaire d’Ambilobe (Région DIANA). Il est un médecin de formation spécialisé en chirurgie cardiaque, il est professeur en médecine pendant des décennies à la faculté de Médecine de Madagascar, ensuite d’Antananarivo. Ainsi beaucoup de générations de médecins sont passées sous sa houlette.

Il entra dans le monde politique en devenant le ministre de la Santé et des Affaires sociales dans le gouvernement du général Gabriel Ramanantsoa durant la Transition militaire (1972-1975) qui a fait suite à la Première République après la démission de Philibert Tsiranana de la présidence.

Après l’accession de Didier Ratsiraka au pouvoir, il s’est éclipsé de la vie politique nationale durant toute la 2ème République car le professeur est opposé au socialisme de l’Amiral rouge et poursuivit sa carrière universitaire.

Avec le début de libéralisation de la République Démocratique de Madagascar (2ème République) en 1989, qui autorise le multipartisme et prend le chemin de la démocratie libérale, Albert Zafy retourne à la politique en créant le parti « Union Nationale pour le Développement et la Démocratie » (UNDD). Il est devenu l’un des principaux leaders de l'opposition à la IIe République, avec d'autres partis politiques, ils réclament un changement plus rapide du régime politique en place et forment une vaste coalition d'opposition, les « Forces vives Rasalama ».

Contrairement à l’amiral Ratsiraka, prônant une simple révision constitutionnelle, les Forces vives sont partisanes pour faire table rase du régime socialiste et d'élaborer une nouvelle Constitution. Après les atermoiements du régime d’alors les tensions explosent en mai 1991, alors que les débats sur la révision de la Constitution de 1975 commencent dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale populaire. Les Forces vives organisent des manifestations énormes, regroupant plusieurs centaines de milliers de Malagasy sur la Place du 13-Mai à Antananarivo. Le mot d'ordre est de "faire tomber les murs de Jéricho".

L’apothéose fut atteint par la grande marche pour la liberté sur le palais d’Etat d’Iavoloha qui a fait plusieurs dizaines de morts sous les balles de la garde présidentielle de Didier Ratsiraka. Ce fut l’acte de décès de la 2ème République et l’émergence du Prof surnommé "l'homme au chapeau de paille".

Les accords, dits Convention de l'Hôtel Panorama, signés le 31 octobre 1991 entre les forces vives et les partisans de Ratsiraka, mettant en place un régime transitoire consensuel, avec pour objectif d'élaborer une nouvelle Constitution. Ainsi est née la Haute Autorité de l’Etat (HAE), une transition démocratique et libérale de 1991-1993, dont le professeur Zafy Albert assure la présidence. A cette époque la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) a été renforcée, passant de sept à onze membres, institutions qui doivent garantir l'effectivité de l'État de droit.

Ces mouvements de libéralisation politique et économique secouant tout le continent africain sont en parallèle avec la situation politique du monde au début des années 1990, marquée par l'effondrement du Bloc de l'Est socialiste et la fin de l’apartheid en Afrique du sud.

La Constitution de la 3ème République, remplaçant la République Démocratique de Madagascar par la République de Madagascar est adoptée en 1992 après la tenue d'un Forum national. En 1993, la coalition des Forces vives désigne Zafy Albert comme étant leur candidat face à Didier Ratsiraka, candidat du Mouvement Militant pour le Socialisme Malgache (MMSM), il bat ce dernier au deuxième tour avec 66 % des voix. Il est devenu ainsi le premier président de la 3ème République et le 3ème à être élu comme chef de l’Etat au suffrage universel après Tsiranana et Ratsiraka.

Mais les heurts entre le chef de l'État et le chef du gouvernement dus aux dysfonctionnements de la Constitution fragilisèrent vite sa présidence. Cela finit d'ailleurs par un clash entre l’Assemblée nationale et l’exécutif et la destitution de Zafy Albert le 5 septembre 1996, après l'adoption d'une motion d'empêchement par l'Assemblée. Il ne resta finalement comme Président de la République que 3 ans (1993-1996).

Le fait d’être destitué et voir son adversaire (ilay raikalahy taloha) Ratsiraka revenir aux commandes ne l’a pas empêché de se présenter et d’être élu député de la circonscription d’Ambilobe.

Après les troubles post-électorales de 2002 le président Zafy Albert est devenu un ardent partisan de la « réconciliation nationale » en créant le Comité de Réconciliation Nationale (CRN), son but est d’éviter les crises à répétions à chaque élection surtout présidentielle. Après les événements de 2009, il est revenu au-devant de la scène politique durant les différents accords internationaux (Maputo, Addis Abeba, Pretoria) à la tête de la mouvance portant son nom.

Il est à noter qu'il est le seul chef de file des mouvances légalistes à être présent dans la capitale. Et souvent on le trouva à la tête de certaines manifestations essuyant des tirs de gaz lacrymogène entre 2009-2011.

Zafy Albert est un homme intègre, un vieux sage malagasy comme il n’en existe plus beaucoup. En libéral il a supporté sans broncher les rumeurs que l’on colportait sur lui, mais il reste le père de la Démocratie. Malheureusement la Démocratie est morte à Madagascar avant lui.

Nos sincères condoléances à sa famille et proches.
Au revoir Prof, les Malagasy sont orphelins de la démocratie.

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